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Robespierre et les "factions"

Ce serait une grossière erreur de vouloir présenter la chute des Girondins comme une victoire personnelle de Maximilien Robespierre. C'est au contraire, le triomphe éclatant de la Révolution démocratique qui est venue à bout de tous ces intrigants.


Robespierre peint par Gérard d'après David


L'organisme gouvernemental directeur devint alors le Comité de Salut Public. Celui-ci était à ses débuts, dominé par Danton, assisté de Barère. Pourtant, le 10 juillet 1793, Danton et bon nombre de ses amis ne furent pas réélus au Comité de salut public. Qu'elle soit volontaire ou forcée, cette mise en retraite de celui qui siègeait au Comité depuis sa création, profitait aux Robespierristes avec l'entrée de Jean Bon Saint-André, Couthon et Saint-Just.

Maximilien Robespierre y rentra à son tour, le 27 juillet 1793. Il ne lui restait plus qu'un an et un jour à vivre.

Au moment où Robespierre entra au Comité de Salut Public, la situation avait empiré à l'extrême. Au Nord et à l'Est, les lignes de défenses étaient pulvérisées. A l'intérieur, sur 84 départements, 62 étaient en état d'insurrection.. En Vendée, les désastres s'accumulaient. Lyon, deuxième ville de France avait pris la tête de la révolte et défiait la Convention. La contre-révolution était sur le point d'opérer la jonction avec Nimes et Marseille. A Paris, un sérieux complot royaliste destiné à délivrer la reine et le dauphin fut découvert. D'autre part, la crise économique continuait à s'aggraver. Le 28 août 1793, les fédéralistes provençaux livrèrent Toulon aux Anglais. Suite à cette annonce règna ensuite partout une atmosphère de trahison qui empoisonna le climat politique.

Désormais, toujours dans le but de sauver la droite ligne de la Révolution, Robespierre dut affronter deux factions, celles que l'on appelle communément, les Enragés et les Modérés.

LES ENRAGES

Les Enragés étaient partisans d'une révolution totale, flanquant notamment à bas les principes de la propriété. Cette faction était composée par des extrémistes tels Hébert, Jacques Roux, Chaumette ou encore Foucher. Constamment, ils ont dirigé leurs attaques contre la Montagne et contre Robespierre..

Utilisant à dessein les désordres engendrés par la guerre et les problèmes dus au ravitaillement et à la disette qui sévitssait en cette fin d'année 1793, ils vont dans une premier temps, parvenir à leurs fins en faisant "mettre la Terreur à l'ordre du jour", en faisant décréter la "loi des suspects" et surtout, en imposant la "loi du maximum général", texte qui mit un terme à la liberté du commerce.

C'est au début novembre 1793 que commença la vaste action de déchristianisation engagée par des hommes comme Hébert, Chaumette, Léonard Bourdon ou encore Anacharsis Cloots. Pour eux, ce mouvement devait servir à montrer la victoire des idées nouvelles de l'Encyclopédie et à illustrer l'une des formes de la répression révolutionnaire. C'est à ce moment là que l'on fit disparaître les noms de saints, les églises, la religion, et les dimanches par le nouveau calendrier républicain

Le 6 novembre 1793 (17 brumaire), Barère fit adopter par la Convention un décret autorisant les communes de France à renoncer au culte catholique et à adopter celui qui leur conviendrait. Robespierre était contre cette opération. Selon lui, tout cela ne pouvait que déconsidérer la Révolution aux yeux des catholiques étrangers. Mais le mouvement était lancé et il s'étendait. De nombreux évêques et prêtres vinrent se "défroquer" devant la Convention, à l'instar de Gobel, l'évêque constitutionnel de Paris.

Contre tous ces "déchristianisateurs", Robespierre se dressa alors avec vigueur. Il sera pratiquement le seul à condamner l'athéisme. Non pas qu'il voulait reconstituer cette Eglise qui venait d'être abattue, mais il condamneait ceux qui "sous prétexte de détruire la superstition, voulaient faire une sorte de religion de l'athéisme lui même". Ni athée, ni chrétien, Robespierre, rousseauiste, reconnaissait l'autorité d'un Etre suprême:

"L'idée d'un grand Etre qui veille sur l'innocence opprimée et qui punit le crime triomphant est toute populaire."

C'est aussi ce jour là qu'il rappella:

"On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe. Ils la diront plus longtemps Si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe."

LES MODERES

Les Modérés épousaient les thèses de Danton.

Or, que proposait Danton ? Tout d'abord le renouvellement des deux Comités, qu'il trouvait par trop Robespierristes. Il préconisait également  la paix immédiate, l'arrêt de la Terreur, l'abolition du maximum, le rappel des émigrés, la mise en liberté des suspects et l'amnistie générale. En un mot, on arrêtait tout, là, tout de suite et on passait l'éponge.

Sérieusement, comment ROBESPIERRE aurait-il pu souscrire à un tel programme?

Dans cette guerre qu'i1 n'avait pas voulu, par les mesures de salut public qu'il avait préconisé, Robespiere croyait en la victoire. Danton lui, la tenait pour impossible. En outre, Robespierre était persuadé que si une paix immédiate devait entraîner la disparition du gouvernement révolutionnaire avant que la République fût solidement implantée, la réaction qui suivrait viendrait anéantir l'oeuvre à moitié réalisée.

Et puis, les propositions d'indulgence de la part de Danton n'étaient pas aussi sincères et innocentes. Il ne faut oublier que dès octobre 1789, Danton a commencé à percevoir des subsides de la Cour, en même temps que Mirabeau et Desmoulins.

De plus, il est désormais acquis que Danton, tout comme Fabre d'Eglantine ont été espions à la solde de Londres et ont aussi touché des fonds du Royal Cabinet. Enfin, la culpabilité de Danton en matière de collusion est aujourd'hui certaine et reconnue par la plupart des historiens.

Petit à petit, les doutes de Robespierre au sujet de Danton se sont étoffés depuis le début de la Révolution: ses relations avec le duc d 'Orléans, son étrange immunité après le massacre du Champ de Mars, sa défection durant la campagne contre la guerre, son attitude équivoque la veille de la prise de Tuileries, ses manoeuvres pendant le procès du roi, sa conduite lors de la trahison de Dumouriez et puis maintenant, son obsession à vouloir arrêter à tout prix la Révolution et pactiser avec les ennemis de la République.

Et puis, il y avait aussi un gouffre entre les deux hommes pour ce qui concernait la vision de la vertu et de la probité. Dans son mémorandum pour Saint-Just, Robespierre a écrit:

"Le mot de vertu faisait rire Danton. Il n'y avait pas de vertu plus solide disait-il plaisamment, que celle qu1il déployait toutes les nuits avec sa femme. Comment un homme à qui toute idée de morale était étrangère, pouvait-il être de la liberté?"

C'est par Fabre d'Eglantine que le scandale éclata. Celui-ci fut arrêté le 24 nivôse (13 janvier 1794) à la suite de l'affaire financière de la Compagnie des Indes.

Dans son "Rapport sur les principes de morale qui doivent guider la Convention dans l'administration intérieure de la République" Robespierre attaqua à la fois les Hébertistes et les Dantonistes et exposa sa conception du gouvernement populaire en temps de guerre et de révolution. Selon lui, deux principes restaient indissociables:

"la vertu, sans laquelle la terreur est funeste. la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante"

La loi de ventôse (26 février 1794) décrétée par Saint-Just qui prévoyait la mise sous séquestre des biens des suspects n'était pas parvenue à désamorcer la pression populaire, ni à calmer les factions.

Alors Saint-Just frappa un grand coup en éliminant à la fois les Hébertistes, exécutés les 4 germinal (24 mars 1794) mais aussi les Dantonistes, guillotinés le 16 germinal (5 avril).

Le Comité de Salut Public se trouva donc, d'avril à juillet 1794, dirigé par les robespierristes. C'est cette courte période que certains considèrent comme étant la phase de dictature. Voyons donc de quelle dictature, il peut bien s'agir.