Accueil - Biographie - Textes - XVIIIème - Bibliographie - Association - Bulletin - Nous écrire
Robespierre contre la guerre
Portrait de Robespierre Par Vérité
Parmi les idées nouvelles, Maximilien Robespierre avait en tête le non-cumul des mandats. Sujet ô combien d'actualité aujourd'hui. Ainsi, le 16 mai 1791, réussit-il à faire voter une loi qui interdisait aux Constituants d'être rééligibles à la prochaine assemblée.
Pour Robespierre, c'était là un moyen d'évincer les intrigants de la vie publique. En revanche les députés qui s' étaient montrés les plus proches du peuple auraient alors une plus grande liberté pour poursuivre leur tâche. Il précisa d'ailleurs son idée dans le discours du 16 mai:
"Pour nous, hors de l'Assemblée législative, nous servirons mieux notre pays qu'en restant dans son sein. Nous éclairerons ceux de nos concitoyens qui ont besoins' de lumières, nous propagerons partout l'esprit public, l'amour de la paix, de l'ordre, des lois et de la liberté"
Dans une certaine mesure, ce fut une erreur. Le système tout neuf au niveau de la démocratie, né de la révolution de 1789 allait se priver, par le biais de la non-réégibilité, d'une certaine compétence. En partie, cela pourra expliquer les indécisions de la Législative
Celle-ci siéga à compter du 1er octobre 1791 dans la salle du Manège. Maximilien eut une impression favorable sur sa composition.
N'ayant plus de charge parlementaire, Maximilien partit un mois et demi à Arras. Il fut accueilli avec fierté par Charlotte et Augustin, triomphalement par le petit peuple, beaucoup plus froidement par les autorités locales
Lorsqu'il revint à Paris, le 28 novembre 1791, Maximilien se trouva alors préoccupé par toute une hystérie guerrière qui avait frappé la capitale durant son absence
L'on ne parlait plus que de la guerre.
Les Feuillants étaient partisans d'une guerre limitée, d'une courte campagne destinée à obliger les princes allemands à disperser les émigrés. A ce moment là, bénéficiant de la victoire, La Fayette et ses amis pourraient en profiter pour se saisir du pouvoir et briser les patriote...
Louis XVI n'était pas défavorable non plus à l'idée de la guerre. Prévoyant la défaite de la France, il croyait que les Français le rétabliraient dans tous ses pouvoirs afin qu'il puisse intercéder en leur faveur auprès de l'ennemi et les sauver ainsi du désastre...
Pour Brissot et ses amis, une grande partie des nouveaux députés, il s'agissait là d'un moyen pour exalter les ardeurs révolutionnaires, démasquer les intrigues, mettre Louis XVI à l'épreuve et même sauver l'assignat et développer le commerce...
Robespierre ne voulut à aucun prix de cette guerre. Selon lui, celle-ci compromettrait l'avenir d'une Révolution qui n'était pas encore terminée. C'était courir au désastre que de vouloir affronter l'ennemi extérieur avant d'avoir jugulé celui de l'intérieur. D'autre part, nos fortifications, notre artillerie, nos troupes étaient dans un tel état de délabrement que le désastre serait inévitable.
Le 16 décembre 1791 aux Jacobins, Brissot fit l'apologie de la guerre. Il fallait détruire Coblenz. Robespierre, lui répondit deux jours plus tard. Le 18 décembre il prononça son premier grand discours contre la guerre. A tous ceux qui avaient dépeint la gloire des expéditions militaires, Robespierre rétorqua en démontrant toute l'horreur de la guerre: sang, larmes, souffrances, gaspillages de fonds publics, corruption. "Tout cela pourquoi? Pour exporter la Révolution française? Nullement. personne n'aime les missionnaires armes Pour la liberté? Pas du tout. La guerre fait le lit du despotisme". Et à ce moment là, Robespierre eut ce mot prophétique: "Vous aurez un César ou un Cromwell".
Car c'est bien là que résidait la principale défiance de Robespierre. C'est que cette guerre servât de tremplin à La Fayette pour s'emparer du pouvoir et instaurer une dictature militaire. Quelle prophétie! Il attendait La Fayette, en fait, de toute cette période de guerre, arrivera un jour Bonaparte....
Durant les semaines qui vont suivre, Maximilien va s'acharner à démonter les arguments belliqueux de ses adversaires.
"Ce que nous avons le plus à craindre, c'est la guerre" avait dit Robespierre aux Jacobins dès le 15 mai 1790.
Le 20 avril 1792 la France va s'engager dans un cycle belliqueux qui ne prendra fin que le 22 juin 1815., c'est à dire 23 ans plus tard, qui s'étendra pratiquement à l'Europe entière et coûtera la vie à 5 millions d'hommes.
Robespierre était contre la guerre. On l'accusa bientôt d'être de connivence avec l'ennemi. Les journaux Brissotins se déchaînèrent. Le combat était inégal et la tribune des Jacobins n'était pas suffisante pour qu'il s'exprime. Il lui fallait son propre journal. C'est à cette époque que Dumouriez tenta d'acheter Robespierre en lui faisant offrir la direction d'un journal financé par les crédits secrets du ministère. Comme Si l'on pouvait acheter Robespierre...
En revanche, avec des fonds honnêtes fournis par des Jacobins Robespierristes, avec la participation de son hôte Maurice Duplay, Maximilien Robespierre put le 17 mai 1792, faire paraître le premier numéro de son "Défenseur de la Constitution"
Là, dans son propre journal, il prit la défense des soldats patriotes mais principalement, il s'attaqua à La Fayette et aux généraux Feuillants dont la complicité avec la cour s'étalait désormais au grand jour. Le sabotage de la guerre, la préparation d'un coup d'Etat était tellement flagrante que même les Brissotins réagissaient en prenant des mesures de fermeté. On ne ditsait pas encore des mesures " de salut public"....
Pourtant, on y viendra vite, à ces fameuses mesures. C'est bien la guerre qui va, inexorablement, mener la Révolution "bleu, blanc, rouge" vers le régime de Terreur.
C est la guerre, plus exactement les revers militaires, si souvent appréhendés par Maximilien Robespierre qui vont contraindre l'Assemblée, le 11 juillet 1792 à décréter "la Patrie en danger". Dorénavant, des mesures d'urgence pourront être prises sans avoir à être soumises au veto.
Le soir même aux Jacobins, Robespierre commenta cette décision:
"La patrie est en danger parce qu'il existe une cour scélérate et inconvertissable. Si dans un mois, la patrie est encore en danger, Si l'état des choses n'est pas entièrement changé, il faudra dire: la nation est perdue."
Maximilien avait parlé d'un délai d'un mois. Or, c'était le 11 juillet, le 10 août, ce sera l'assaut des Tuileries..
Le 29 juillet 1792, Maximilien définit les bases et les objectifs d'une insurrection:
"Il faut que 1 'Etat soit sauvé, de quelque manière que ce soit; Il n'y a d'inconstitutionnel que ce qui tend à sa ruine"
De plus, il demanda la déchéance du roi. A ce moment, Maximilien Robespierre proposait une nouvelle assemblée qui soit à la fois législative et constituante en reprenant un terme américain à la mode à cette époque: la Convention. Il préconisait avant tout qu'elle soit élue au suffrage universel direct et que soit supprimée cette infamante notion de citoyen passif, tant pour être électeur, qu'éligible.
La prise du château des Tuileries, le 10 août 1792 constitua un évènement charnière dans l'histoire de la Révolution. Un nouveau pouvoir fut mis en place; il s'agissait de la Commune Insurrectionnelle qui désormais siégera à l'Hôtel de Ville.
Dès le lendemain , Robespierre fut nommé représentant de la Commune. Non seulement il avait poussé les Sans-Culottes à agir mais mainenant, il fera tout pour les maintenir dans l'exercice du pouvoir. Cela, les Brissotins ne lui pardonneront jamais.
Mais n'est-ce pas aussi la guerre qui, quelque part fut la cause des massacres dans les prisons de Paris en septembre 1792 ? La rumeur colportait que les traîtres continueraient à comploter du fond de leur cachot. Les hommes ne voulaient pas partir au front en laissant les prêtres réfractaires et les royalistes dans les prisons. L'épuration va durer jusqu'au 6 septembre et fera de 1.100 à 1.300 victimes.
A ce sujet, Danton dira plus tard:
"Je désirais que la jeunesse Parisienne arrivât en Champagne couverte de sang; c' eût été une garantie de son loyalisme. Je désirais faire couler un fleuve de sang entre Paris et les émigrés."
Enfin, force est de reconnaître que cette guerre va être aussi une des grandes causes de l'insurrection en Vendée et que, notamment, tout va s'embraser à la suite de la levée en masse de 300.000 hommes en mars 1993
Ainsi, les conséquences de cette guerre déclarée pudiquement "au roi de Bohème et de Hongrie" vont être lourdes et vont pourrir, petit à petit la Révolution.
Inéxorablement, l'on s'acheminera vers la condamnation à mort de Louis XVI