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Robespierre et les intrigants

Comment, Robespierre, ardent combattant de la peine de mort, a t-il pu être amené à se prononcer en faveur de l'exécution du roi ?

En analysant l'épopée de la Révolution, jour après jour, on s'aperçoit rapidement que tout n'est qu'intrigues, menaces et trahisons. Toutes autant de manoeuvres ourdies pour la mener à sa perte.


Maximilien Robespierre


Sans cesse, il devra combattre ceux qui ont décidé de mener la Révolution à sa perte ou d'en arranger le cours à leur profit.

Dans les premières années, il y aura Louis XVI, Mirabeau, le Triumvirat  et La Fayette, puis viendront ensuite les Girondins.

LOUIS XVI

Il y a d'abord Louis XVI. C'est vrai, il n'avait pas demandé qu'une révolution vint bouleverser son royal quotidien. Quelque part, il payait même l'absolutisme de son aïeul Louis XIV et le laxisme de son grand-père Louis XV.

Mais il avait aussi tout de même quelques responsabilités dans la grave crise qui sévissait en France depuis plusieurs années. De plus, l'attitude de Marie-Antoinette n'arrangeait pas non plus les choses.

Le 15 juin 1775, rappelons que c'est Maximilien Robespierre, alors lycéen à Louis le Grand, qui avait récité le compliment au couple royal au retour du sacre

Jusqu'à la fuite à Varennes, les 20 et 21 juin 1791, Maximilien n'avait jamais souhaité autre chose qu'un gouvernement de type "monarchie constitutionnelle".

La fuite de la famille royale a provoqué une cassure irréparable. D'autant plus que l'on soutint généralement la thèse de l'enlèvement. Pour Robespierre, il s'agissait là d'un grossier mensonge.

Cette manipulation aboutira d'ailleurs à la fusillade du Champ de Mars (17 juillet 1991) puisque Bailly et La Fayette vont faire tirer sur la foule. Pour la première fois depuis le début de la Révolution, le sang des patriotes aura donc coulé.

C'est donc à partir de la fuite à Varennes que le principe de la monarchie commença à être remis en question. L'enthousiasme de Robespierre envers l'idée de république n'avait pourtant pour le moment rien d'excessif. Comme Rousseau, il était convaincu qu'une république pouvait être monarchiste et une monarchie démocratique. Il résuma ainsi sa pensée:

"Est-ce dans les mots de république ou de monarchie que réside la solution du grand problème social ?"

Et aux Jacobins, il déclara:

"On m'a accusé au sein de l'Assemblée d'être républicain, on m'a fait trop d'honneur, je ne le suis pas. Si l'on m'eût accusé d'être monarchiste, on m'eût déshonoré, je ne le suis pas non plus".

Puis Maximilien va s opposer au roi à propos de la Guerre, on en a déjà parlé. C'est encore lui qui va demander sa déchéance et déclencher la journée du 10 août 1792. C'est enfin lui, qui suivant les arguments de Saint-Just va prononcer son célèbre discours du 3 décembre 1792:

"Il n'y a point ici de procès à faire; Louis n'est point un accusé; vous n'êtes point des juges. Je prononce à regret cette fatale vérité, mais Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive."

Le 16 janvier 1793 l'appel nominal des députés pour le verdict dura toute la nuit. AQuand fut venu son tour, Robespierre déclara:

"Le sentiment qui m a porté à demander, mais en vain à l'Assemblée Constituante, l'abolition de la peine de mort est le même qui me force aujourd'hui à demander qu'elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle même dans sa personne. Je vote pour la mort."

Le 21 janvier 1793 à 10h22, place de la Révolution, Louis XVI était exécuté.

MIRABEAU

Il y a Mirabeau. Champion du double jeu, c'est lui qui a dit un jour à propos de Robespierre:

- "On ne peut acheter cet homme. Il n'a pas de besoin"

Il est vrai que dès le début de la Révolution et plus particulièrement à partir de 1791, Maximilien va avoir la réputation "d'Incorruptible"

Depuis le mois de mai 1790, Mirabeau a des contacts secrets avec la Cour.

En contrepartie de l'aide pour fuir la capitale, une somme versée par le Roi à Mirabeau devrait lui permettre de régler toutes ses dettes. Et des dettes, de par sa vie dissolue, Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, n'en manquait certes pas !

Chateaubriand a écrit:

"Aux yeux de la postérité, Mirabeau restera essentiel~ement le champion de l'aristocratie et Robespierre, celui de la démocratie".

Et Edgard Quinet a dit:

- "Au lieu de la marche tortueuse de Mirabeau, Robespierre représente la ligne droite, géométrique, qui ne dévie jamais"

Lorsque Mirabeau mourrut à l'âge de 43 ans le 2 avril 1791, l'Assemblée décrèta un deuil national de huit jours. Le journal "les Révolutions de Paris" écrivit alors:

"L'Assemblée perd peut-être le premier de ses orateurs, mais M Mirabeau ne tenait pas le même rang dans le petit nombre de ses membres patriotes. Que le peuple français ne désespère pas de la chose publique, tant qu il lui restera quelque représentant de la trempe de M Robespierre"

LE TRIUMVIRAT

Le Triumvirat: A peine mort, la Cour va chercher un successeur à Mirabeau. Elle va le trouver sous la forme des Triumvirs: Les frères Lameth, Duport et Barnave (ce dernier percevait des fonds secrets) Robespierre va alors agir avec beaucoup de méfiance et d'hostilité vis à vis du triumvirat et ne va plus compter sur aucune alliance. Dans une certaine mesure, il va même considérer qu'il incarne à lui seul le parti des patriotes.

En fait, la grande hostilité entre Robespierre et Barnave remontait au 8 mars 1790. Barnave "l'Homme au double visage" avait fait voter par l'Assemblée, la reconnaissance de 1 'esclavage.

-"Les Droits de l'Homme sont encore bafoués !" s 'écria alors Robespierre.

Pourtant sur cette question, Maximilien Robespierre ne désarma pas et il faudra attendre la Convention, le 4 février 1794 pour que l'esclavage soit aboli.

Les partisans d'une monarchie constitutionnelle vont être éliminés de la scène politique au moment de la prise des Tuileries. Adrien Duport et les frères Lameth vont émigrer peu après le 10 août 1792. Antoine Barnave lui, sera guillotiné le 29 novembre 1793

LA FAYETTE

Il y a aussi La Fayette. Dés le début de la Révolution, Maximilien ROBESPIERRE se méfia de celui qu'il appellait "le héros ridicule" ou encore "la misérable idole". Il va toujours craindre de sa part, un coup de force pour prendre le pouvoir.

A la suite de la fuite de Varennes, c'est La Fayette qui avait fait tirer sur les Parisiens venus au Champs de Mars pour déposer leur pétition demandant la déchéance du roi. A partir de ce moment là, Robespierre le considéra comme "le plus infâme de tous les assassins du peuple"

Le 28 juin 1792, La Fayette, qui avait abandonné son commandement tenta un coup d'état à Paris. Il avait seulement sous estimé la patriotisme de la Garde Nationale et son coup échoua. Menacé d'arrestation après le 10 août 1792, il déserta le 19 août et se rend aux Autrichiens qui l'emprisonnèrent aussitôt.

GIRONDINS

Il y a les Girondins. Lors de sa première séance, le 21 septembre 1792, la Convention décrèta l'abolition de la royauté. Le lendemain, la République était proclamée.

Très vite Brissot reprit ses attaques. Il visa la Commune, les Jacobins, la Montagne, Marat et Robespierre.

Selon Brissot:

"Le peuple est fait pour servir la Révolution, mais, quand elle est faite, il doit rentrer chez lui et laisser àceux qui ont plus d'esprit que lui, la peine de le diriger."

Robespierre répondit en s'en prenant à tous ces "intrigants de la République qui s'appliquaient à modifier la forme du gouvernement suivant les principes aristocratiques et l'intérêt des riches". Puis il s'en prit aux Girondins:

" Et Si, pour conserver leur puissance, il leur fallait rétablir un roi, pourraient-ils hésiter ? Ils sont les honnêtes gens, les gens comme il faut de la République. Nous sommes les sans-culottes et la canaille"

Poussé par les Girondins, Jean-Baptiste Louvet prononça alors son réquisitoire dans lequel toutes les phrases débutaient par la formule "je t'accuse, Robespierre ..." Pourtant, "la Robespierride" de Louvet ne contenait que de vagues allégations, Il s' agissait d'un acte d'accusation générale contre la Commune du 10 août.

Le 5 novembre 1792 Robespierre se présentea à la tribune pour se défendre devant une Assemblée pleine à craquer. En fait, ce n'était pas sa personne qu' il voulait justifier, mais toute l'action de la Commune.

Bien sûr, l'arrestation de certains suspects était illégale, mais c'était autant illégal que la prise de la Bastille, la Révolution elle même et pourquoi pas l'idée de liberté:

"Citoyens, vouliez-vous une Révolution sans révolution?"

Sans relâche, Maximilien Robespierre s'était dressé contre Brissot à propos de la guerre. Le procès , bientôt suivi de 1'exécution de Louis XVI va lui aussi aviver l'antagonisme profond entre Robespierre et les Girondins. En mars-avril 1793, la trahison de Dumouriez va précipiter le cours des choses.

Maximilien Robespierre prononça alors un véritable réquisitoire afin de dénoncer la collusion d'intérêts entre Dumouriez et les principaux chefs Girondins

Son discours faisait en quelque sorte pendant à celui prononcé par Louvet le 29 octobre 1792. C'était Robespierre cette fois-ci qui énumèrait, pêle-mêle, les crimes de la Gironde: royalisme, modérantisme, trahison pure et simple, entreprise de division de la Convention, complicité avec Dumouriez

"Les Girondins ont regardé le peuple comme un stupide troupeau destiné à être conduit par le plus habile ou par le plus fort... Ils ont de bonne heure épouvanté les citoyens du fantôme de la loi agraire; ils ont séparé les intérêts des riches de ceux des pauvres; ils se sont présentés aux premiers comme leurs protecteurs contre les sans-culottes"

Tout cela aboutira aux journées du 1er et 2 juin 1793 et donc par la mise en arrestation des députés girondins.

Même ceux qui ont été séduits par le côté artistique et brillant de la Gironde et qui l'ont enveloppée d'une sorte d'auréole ont pourtant reconnu ses faiblesses

Parmi eux, il y a Alphonse de Lamartine qui a écrit:

"Entre les mains de ces hommes de parole, la France reconquise par la contre-révolution et dévorée par l'anarchie eût bientôt cessé d'exister, et comme République, et comme nation"

A la fin de l'année 1793 et au début de 1794, d'autres intrigants contre la Révolution se dévoileront et Robespierre aura alors à combattre contre les Factions.